DE TRÈS VIEILLES PIERRES
et éternellement jeunes, celles et ceux qui leur confèrent une âme

Le 19 Messidor de l’An XI (8 juillet 1803) est promulgué le décret de création du Collège de Phalsbourg. En Vendémiaire de l’An XII (septembre 1803) celui-ci accueille ses soixante premiers pensionnaires. Depuis 1739 l’édifice est pourtant un Couvent, mais la Révolution en décide autrement en chassant des lieux les Frères Mineurs Capucins qui l’avaient bâti. Le collège subsistera jusqu’en 1875. Les Années de Collège de Maître Nablot, un roman d’Erckmann-Chatrian, rapporte la vie souvent rude à laquelle sont confrontés les élèves internes présents au XIXème siècle entre nos murs chargés d’histoire. C’est à cette époque que les Phalsbourgeois affublent notre établissement du surnom gentiment ironique de « Capucinière ».

En 1876 les Allemands, nouveaux possesseurs de l’ « Alsace-Lorraine », y fondent une École Normale (Kaiserliches Lehrerseminar) : devenue française en 1918 elle fonctionne jusqu’en 1921. Elle aura formé plusieurs centaines d’instituteurs d’abord germanophones, ensuite francophones. A sa place est alors créée une École Primaire Supérieure. Elle est dénommée Erckmann-Chatrian en 1924, en hommage à l’écrivain phalsbourgeois Émile Erckmann, qui y fut élève, et à son complice Pierre Gratien Alexandre Chatrian qui connut le privilège d’y avoir été élève avant d’y enseigner lui-même : après l’invasion de 1940 cette École disparaît définitivement.

La période la plus noire de notre institution est vécue sous l’Occupation entre 1940 et 1944. Sous la férule de quelques professeurs fanatisés l’instruction des élèves de cette Staatliche Oberschule est alors liée à la propagande nazie niant les Droits de l’Homme.

A l’occasion de tous les conflits endurés par Phalsbourg depuis 1814 les édifices servent fréquemment à loger des troupes ou à soigner des malades et des blessés : c’est encore vrai en 1870, en 1915, en 1940, en 1944. Et durant l’hiver 1944/1945 la 7ème Armée Américaine installe ici son Quartier général.

La Capucinière redevient un paisible collège en 1945, puis un lycée en 1955. Sur le site de l’ancien Arsenal la construction des nouveaux bâtiments est achevée en 1966. En 2011 la Cité Scolaire Erckmann-Chatrian, en constante rénovation, est dirigée par son 49ème chef d’établissement en exercice depuis le XVIIIème siècle.

Parmi la multitude des occupants -ils sont près de dix-huit mille grands et petits à avoir parcouru nos couloirs depuis la création du couvent- beaucoup accèdent à des fonctions éminentes. Ainsi au XIXème siècle l’élève interne Henry Villard qui deviendra aux Etats-Unis, où il a émigré, le PDG de la Northern Pacific Railroad. Ainsi également l’un de nos anciens professeurs, Jean Laurain, qui obtiendra le portefeuille de Ministre des Anciens Combattants entre 1981 et 1986. Et notre élève Marc Stenger qui sera nommé évêque de Troyes en 1999. Et puis tous ces écrivains, des anciens de notre Maison : parmi eux, pêle-mêle, Erckmann-Chatrian, Alfred Erckmann, Guillaume Musso, Bernadette Braun, Louis Engel, Anton Largiader, Wilhelm Kahl, Gaston-Paul Effa, Louis Hollender, Yvonne Hoffmann, Paul Kittel, Gustave Koch et d’autres encore. Dans un registre bien différent n’oublions pas Isabelle Krumacker, une gentille petite élève élue Miss France en 1973 !

Les siècles à venir réserveront certainement d’autres belles surprises à nos vieilles pierres et à tous les attachants élèves et personnels qui les ont toujours côtoyées et les côtoieront encore …

 

Gérard Ruppert